Koffi Dossou, l’artiste plasticien qui fait parler ses tableaux

Dans les méandres de ses souvenirs à la recherche d’une harmonie spirituelle cachée, où l’abstrait et le figuratif donnent force aux couleurs et mettent en évidence les rythmes mélodieux du sahel et les cadences envoûtantes des danses du Bénin et du Togo, l’artiste plasticien Dossou koffi fait parler ses tableaux. De son vrai nom koffi DOSSOU Mahouley, l’artiste-plasticien designer, né à Zinder au Niger en 1953, d’un père Togolais et d’une mère Nigérienne, expose du 16 juin au 9 juillet 2017 ses tableaux à Lomé.

Du haut, de cette 39ème exposition de  toute sa carrière artistique, avec quatre passages importants à Lomé, dont la quatrième titrée « Névralgiques, les couleurs de mon âme », en cours où l’homme et ses émotions constituent la trame centrale, koffi DOSSOU a, au cours d’une interview, accordée à notre rédaction, remonter le temps. Il est revenu sur son parcours « itinérant » entre l’Afrique et l’Europe.

Pourquoi avoir choisi cette exposition « Névralgiques, les couleurs de mon âme » ?

Koffi Dossou Mahouley : Bah c’est une sorte de retour aux sources. « Névralgiques », ce sont mes dernières souffrances, si je peux dire. Mes derniers maux de tête que j’ai essayé de mettre sur toile. Et je choisis le Togo, parce que c’est mon pays, même si je suis né au Niger, j’ai vécu 16 ans au Togo, et je me sens vraiment en devoir de montrer ce que j’ai pu faire jusqu’ici. Les résultats de mes études, le faire au Togo, ça été vraiment un choix de cœur.

Une quatrième exposition à Lomé, pourquoi ce choix et quelle est la particularité de cette quatrième ?

La quatrième exposition au Togo, à Lomé, deux à la galerie Gattobar, une au centre culturel Français sous la direction de Jacques Roux, Directeur d’alors en 1992,  et la 39ème pour moi. La particularité, je l’ai choisie,  parce que  je suis arrivé à un certain point de mon art,  je voulais monter au créneau et montrer vraiment le résultat de tous mes efforts, de toutes  mes recherches, puisque j’ai fait beaucoup de recherches en ce qui concerne les couleurs, en ce qui concerne les formes. Je suis enseignant de communication visuelle, je suis graphiste, donc j’ai eu à travailler beaucoup avec les couleurs, à les analyser et j’ai produit justement ce résultat. J’ai pu sortir le meilleur de moi-même pour le moment. La prochaine sera encore mieux.

Trente-neuf (39) expositions, c’est énorme, le parcours n’a pas été du tout facile non ?

Non pas du tout facile ! Parce que je vis en Italie, et le racisme en Italie, est tel que les noirs ont d’énormes difficultés à s’en sortir. Mais je suis un combattant, et j’ai combattu pendant 37 ans et je ne me suis jamais laissé abattre par les difficultés. Je suis arrivé à avoir même des prix, ça m’a un peu galvanisé, ça m’a donné un mental assez fort. Et je dois dire aujourd’hui que je suis respecté, j’ai une bonne réputation dans le monde de l’art, dans le monde du travail, du graphisme.

Comment êtes-vous arrivé à l’art ?

Mon parcours a été très simple ! J’ai fréquenté le lycée de Tokoin, d’abord le Collège Saint Joseph, j’ai rencontré Maître Kpéglo, qui a été mon premier professeur de dessin qui m’a enseigné beaucoup de techniques. Ensuite, je suis allé au lycée de Tokoin, j’y ai rencontré Maître Paul Ahyi, lui aussi m’a donné quelque chose. Il a été le premier à me donner un contrat je peux dire. Par la décoration de l’hôtel de la paix dans les années 1970. J’étais vraiment petit, quand il m’a donné ce contrat, j’avais eu un peu peur, mais j’ai fait le travail, il était content. Et à la fin du travail, il m’a appelé, et il m’a donné quatre-vingt-onze mille francs. A l’époque mon père, il gagnait deux cent mille francs CFA et j’ai apporté l’argent à la maison, mon père était surpris, il n’en croyait pas à ses yeux. Parce que lui, il m’a toujours encouragé dans le dessin, depuis que j’étais gosse. Il m’a toujours acheté des couleurs, acheté du papier, des bouquins, et à cette époque-là, acheter à un enfant un livre de cinq mille francs CFA. Ce livre, je l’ai encore aujourd’hui, je le montre de temps en temps à mon fils pour lui dire, voilà ce que mon père m’a acheté pour m’encourager à faire ce métier. Donc après, Maître Paul Ahyi a insisté pour que j’aille faire l’académie des beaux-arts, parce qu’il a vu en moi quelque chose qui était différent des autres. Je ne dessinais pas comme les autres, je faisais  tout comme je le sentais. Et à la vue, il n’y a rien de Paul Ahyi, je suis complètement passé à côté.  J’ai pris son goût de la couleur, sa technique, et puis après, les formes je les ai travaillées.

Quel est votre secret ?

L’observation, la réflexion, l’humilité d’apprendre des autres, parce que je regarde beaucoup les autres pour essayer de comprendre leur mécanisme mental et essayer de créer quelque chose qui exprime mon état d’âme. J’ai fait des tableaux comme le Jazz and Blues. Je peins d’habitude avec la musique Jazz and Blues, du Pop parfois. J’aime Deby King, Youssou N’Dour, il a un rythme qui me plaît beaucoup aussi, c’est un peu de sahel, puis j’y mets mon origine maternelle qui est celle du Niger.

Quels sont les matériaux que vous utilisez ?

Très simple ! Les matériaux qui ne coûtent pas chers. Des matériaux qu’on trouve n’importe où. De la gouache acrylique, je la mélange avec de l’eau, ce n’est pas toxique, et j’utilise des tissus africains, de temps en temps des morceaux de tissus. J’utilise aussi de l’aérographe, ceci vient de ma culture publicitaire, parce que je suis aussi publicitaire, j’ai un studio de publicité à Pérouse (Italie). Donc l’aérographe, c’était au temps de l’académie des beaux-arts, quand on est sorti, il n’y avait pas encore d’ordinateur, donc on devait tout dessiner à la main. Et pour faire les dégradés et pour faire les retouches, il fallait utiliser un aérographe, même pour créer des ombres, du clair-obscur, des silhouettes. L’aérographe est polyvalent, on peut l’utiliser n’importe comment.

Quel regard portez-vous sur l’art Togolais actuel ?

J’ai fait un petit tour, les artistes Togolais sont très forts. J’ai connu Edorh Sokey, il y a quelques années, je l’ai revu, il y a quelques jours pendant l’exposition. Il est venu, il était content, j’étais  content de le voir et j’ai été voir son exposition à l’Union Européenne, il a fait des choses fantastiques, des choses qui m’ont vraiment ému. J’ai connu d’autres comme les Dossou, il y a aussi une association de Mme Katanga je crois, avec beaucoup d’artistes qui ont exposé. Je connais Jimmy comme chanteur, comme peintre, il me plait beaucoup aussi. Je suis très content de l’évolution de l’art Togolais de toute façon.

Selon vous, l’art Togolais se porte-t-il bien ?

Oui, l’art Togolais se porte bien. J’espère qu’il va encore évoluer plus que ça. Nous avons de jeunes peintres qu’il faut naturellement essayer d’aider, de canaliser, d’encadrer  pour créer une nouvelle génération de peintres.

Êtes-vous disposé à apporter votre expérience ?

Bien sûr ! C’est mon but ! Je crois que garder mon expérience pour moi, ne sert à rien. Il faut la partager, il faut la faire connaître. Je suis prêt à donner des workshops, des laboratoires pour montrer aux jeunes comment s’en sortir, comment peindre, faire connaître le marché de l’art, parce que c’est un marché très difficile, donc il faut qu’ils le connaissent et qu’ils en profitent. Donc mon expérience est disponible à la jeune génération.

Ça vous arrive d’être nostalgique de votre passage en Afrique ?

Beaucoup ! Je suis très nostalgique. Quand je peins, je peins surtout les émotions de mon passé, les émotions que j’ai eu à affronter mes peurs, mes espoirs, mes désespoirs. Je suis très nostalgique quand je pense à mon pays, le Togo, à mon enfance au Niger, à mon enfance au Bénin et à Lomé, parce que j’ai parcouru le littoral avec mon père, c’est vraiment une expérience que j’ai gardé en moi et qui ressort de temps en temps.

Vous faites la fierté de tout un pays, qu’est-ce que cela vous fait ?

Une émotion très très forte ! Lundi dernier, j’étais au marché, j’achetais des fleurs et le fleuriste m’a regardé et m’a dit « ah ! C’est vous le peintre, je vous ai vu à la télé hier ». J’étais très choqué, positivement choqué. Ça m’a fait chaud au cœur d’être reconnu. Dans les années 1992, j’avais une certaine notoriété à Lomé et puis j’ai disparu. Et reprendre cette notoriété m’a vraiment fait chaud au cœur. J’en suis très fier. C’est un peu ça.

Si vous devez donner un conseil à la jeune génération de plasticiens Togolais que leur direz-vous ?

D’avoir le courage d’essayer, il faut essayer jusqu’à ce que l’on arrive au point où on veut. De ne pas s’arrêter. Je leur dis surtout d’avoir le courage, de libérer leur talent parce que actuellement le marché est tellement dur que certains se découragent. Ils se disent « je ne vais jamais vendre », mais c’est le talent qui vend, et tôt ou tard si vous l’avez, il sortira et vous donnera satisfaction. Surtout s’amuser avec ce qu’on fait. Je me dis toujours si je ne m’amusais pas en peignant, je ne saurai pas la valeur de ce que je fais, je m’amuse beaucoup. Je me mets à écouter de la musique, je chante à haute voix, je peins, c’est comme un jeu pour moi. Il faut être moins sérieux dans l’art. Il ne faut pas penser que c’est un travail que je dois faire coûte que coûte, il faut se libérer. Par exemple moi, je n’accepte que rarement les œuvres commandées, parce que après tout, je peins pour moi-même. Je ne peins pas pour les autres, on ne peut pas me dire, faites-moi, ceci, je veux cela, non je n’aime pas. Même si des fois, je l’ai fait c’est pour avoir tenté cette expérience, voir comment les gens réagissent. Je préfère toujours peindre pour moi-même, pour  ma joie et bien évidemment pour les autres aussi pour qu’ils voient, qu’ils  ressentent ce que je ressens. Mes tableaux sont des émotions que je veux transmettre aux gens.

Interview réalisée et transcrite par  Fabien  ATTIOGBE

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Koffi Dossou, l’artiste plasticien qui fait parler ses tableaux

30th juin, 2017

Dans les méandres de ses souvenirs à la recherche d’une harmonie spirituelle cachée, où l’abstrait et le figuratif donnent force aux couleurs et mettent en évidence les rythmes mélodieux du sahel et les cadences envoûtantes des danses du Bénin et du Togo, l’artiste plasticien Dossou koffi fait parler ses tableaux. De son vrai nom koffi DOSSOU Mahouley, l’artiste-plasticien designer, né à Zinder au Niger en 1953, d’un père Togolais et d’une mère Nigérienne, expose du 16 juin au 9 juillet 2017 ses tableaux à Lomé.

Du haut, de cette 39ème exposition de  toute sa carrière artistique, avec quatre passages importants à Lomé, dont la quatrième titrée « Névralgiques, les couleurs de mon âme », en cours où l’homme et ses émotions constituent la trame centrale, koffi DOSSOU a, au cours d’une interview, accordée à notre rédaction, remonter le temps. Il est revenu sur son parcours « itinérant » entre l’Afrique et l’Europe.

Pourquoi avoir choisi cette exposition « Névralgiques, les couleurs de mon âme » ?

Koffi Dossou Mahouley : Bah c’est une sorte de retour aux sources. « Névralgiques », ce sont mes dernières souffrances, si je peux dire. Mes derniers maux de tête que j’ai essayé de mettre sur toile. Et je choisis le Togo, parce que c’est mon pays, même si je suis né au Niger, j’ai vécu 16 ans au Togo, et je me sens vraiment en devoir de montrer ce que j’ai pu faire jusqu’ici. Les résultats de mes études, le faire au Togo, ça été vraiment un choix de cœur.

Une quatrième exposition à Lomé, pourquoi ce choix et quelle est la particularité de cette quatrième ?

La quatrième exposition au Togo, à Lomé, deux à la galerie Gattobar, une au centre culturel Français sous la direction de Jacques Roux, Directeur d’alors en 1992,  et la 39ème pour moi. La particularité, je l’ai choisie,  parce que  je suis arrivé à un certain point de mon art,  je voulais monter au créneau et montrer vraiment le résultat de tous mes efforts, de toutes  mes recherches, puisque j’ai fait beaucoup de recherches en ce qui concerne les couleurs, en ce qui concerne les formes. Je suis enseignant de communication visuelle, je suis graphiste, donc j’ai eu à travailler beaucoup avec les couleurs, à les analyser et j’ai produit justement ce résultat. J’ai pu sortir le meilleur de moi-même pour le moment. La prochaine sera encore mieux.

Trente-neuf (39) expositions, c’est énorme, le parcours n’a pas été du tout facile non ?

Non pas du tout facile ! Parce que je vis en Italie, et le racisme en Italie, est tel que les noirs ont d’énormes difficultés à s’en sortir. Mais je suis un combattant, et j’ai combattu pendant 37 ans et je ne me suis jamais laissé abattre par les difficultés. Je suis arrivé à avoir même des prix, ça m’a un peu galvanisé, ça m’a donné un mental assez fort. Et je dois dire aujourd’hui que je suis respecté, j’ai une bonne réputation dans le monde de l’art, dans le monde du travail, du graphisme.

Comment êtes-vous arrivé à l’art ?

Mon parcours a été très simple ! J’ai fréquenté le lycée de Tokoin, d’abord le Collège Saint Joseph, j’ai rencontré Maître Kpéglo, qui a été mon premier professeur de dessin qui m’a enseigné beaucoup de techniques. Ensuite, je suis allé au lycée de Tokoin, j’y ai rencontré Maître Paul Ahyi, lui aussi m’a donné quelque chose. Il a été le premier à me donner un contrat je peux dire. Par la décoration de l’hôtel de la paix dans les années 1970. J’étais vraiment petit, quand il m’a donné ce contrat, j’avais eu un peu peur, mais j’ai fait le travail, il était content. Et à la fin du travail, il m’a appelé, et il m’a donné quatre-vingt-onze mille francs. A l’époque mon père, il gagnait deux cent mille francs CFA et j’ai apporté l’argent à la maison, mon père était surpris, il n’en croyait pas à ses yeux. Parce que lui, il m’a toujours encouragé dans le dessin, depuis que j’étais gosse. Il m’a toujours acheté des couleurs, acheté du papier, des bouquins, et à cette époque-là, acheter à un enfant un livre de cinq mille francs CFA. Ce livre, je l’ai encore aujourd’hui, je le montre de temps en temps à mon fils pour lui dire, voilà ce que mon père m’a acheté pour m’encourager à faire ce métier. Donc après, Maître Paul Ahyi a insisté pour que j’aille faire l’académie des beaux-arts, parce qu’il a vu en moi quelque chose qui était différent des autres. Je ne dessinais pas comme les autres, je faisais  tout comme je le sentais. Et à la vue, il n’y a rien de Paul Ahyi, je suis complètement passé à côté.  J’ai pris son goût de la couleur, sa technique, et puis après, les formes je les ai travaillées.

Quel est votre secret ?

L’observation, la réflexion, l’humilité d’apprendre des autres, parce que je regarde beaucoup les autres pour essayer de comprendre leur mécanisme mental et essayer de créer quelque chose qui exprime mon état d’âme. J’ai fait des tableaux comme le Jazz and Blues. Je peins d’habitude avec la musique Jazz and Blues, du Pop parfois. J’aime Deby King, Youssou N’Dour, il a un rythme qui me plaît beaucoup aussi, c’est un peu de sahel, puis j’y mets mon origine maternelle qui est celle du Niger.

Quels sont les matériaux que vous utilisez ?

Très simple ! Les matériaux qui ne coûtent pas chers. Des matériaux qu’on trouve n’importe où. De la gouache acrylique, je la mélange avec de l’eau, ce n’est pas toxique, et j’utilise des tissus africains, de temps en temps des morceaux de tissus. J’utilise aussi de l’aérographe, ceci vient de ma culture publicitaire, parce que je suis aussi publicitaire, j’ai un studio de publicité à Pérouse (Italie). Donc l’aérographe, c’était au temps de l’académie des beaux-arts, quand on est sorti, il n’y avait pas encore d’ordinateur, donc on devait tout dessiner à la main. Et pour faire les dégradés et pour faire les retouches, il fallait utiliser un aérographe, même pour créer des ombres, du clair-obscur, des silhouettes. L’aérographe est polyvalent, on peut l’utiliser n’importe comment.

Quel regard portez-vous sur l’art Togolais actuel ?

J’ai fait un petit tour, les artistes Togolais sont très forts. J’ai connu Edorh Sokey, il y a quelques années, je l’ai revu, il y a quelques jours pendant l’exposition. Il est venu, il était content, j’étais  content de le voir et j’ai été voir son exposition à l’Union Européenne, il a fait des choses fantastiques, des choses qui m’ont vraiment ému. J’ai connu d’autres comme les Dossou, il y a aussi une association de Mme Katanga je crois, avec beaucoup d’artistes qui ont exposé. Je connais Jimmy comme chanteur, comme peintre, il me plait beaucoup aussi. Je suis très content de l’évolution de l’art Togolais de toute façon.

Selon vous, l’art Togolais se porte-t-il bien ?

Oui, l’art Togolais se porte bien. J’espère qu’il va encore évoluer plus que ça. Nous avons de jeunes peintres qu’il faut naturellement essayer d’aider, de canaliser, d’encadrer  pour créer une nouvelle génération de peintres.

Êtes-vous disposé à apporter votre expérience ?

Bien sûr ! C’est mon but ! Je crois que garder mon expérience pour moi, ne sert à rien. Il faut la partager, il faut la faire connaître. Je suis prêt à donner des workshops, des laboratoires pour montrer aux jeunes comment s’en sortir, comment peindre, faire connaître le marché de l’art, parce que c’est un marché très difficile, donc il faut qu’ils le connaissent et qu’ils en profitent. Donc mon expérience est disponible à la jeune génération.

Ça vous arrive d’être nostalgique de votre passage en Afrique ?

Beaucoup ! Je suis très nostalgique. Quand je peins, je peins surtout les émotions de mon passé, les émotions que j’ai eu à affronter mes peurs, mes espoirs, mes désespoirs. Je suis très nostalgique quand je pense à mon pays, le Togo, à mon enfance au Niger, à mon enfance au Bénin et à Lomé, parce que j’ai parcouru le littoral avec mon père, c’est vraiment une expérience que j’ai gardé en moi et qui ressort de temps en temps.

Vous faites la fierté de tout un pays, qu’est-ce que cela vous fait ?

Une émotion très très forte ! Lundi dernier, j’étais au marché, j’achetais des fleurs et le fleuriste m’a regardé et m’a dit « ah ! C’est vous le peintre, je vous ai vu à la télé hier ». J’étais très choqué, positivement choqué. Ça m’a fait chaud au cœur d’être reconnu. Dans les années 1992, j’avais une certaine notoriété à Lomé et puis j’ai disparu. Et reprendre cette notoriété m’a vraiment fait chaud au cœur. J’en suis très fier. C’est un peu ça.

Si vous devez donner un conseil à la jeune génération de plasticiens Togolais que leur direz-vous ?

D’avoir le courage d’essayer, il faut essayer jusqu’à ce que l’on arrive au point où on veut. De ne pas s’arrêter. Je leur dis surtout d’avoir le courage, de libérer leur talent parce que actuellement le marché est tellement dur que certains se découragent. Ils se disent « je ne vais jamais vendre », mais c’est le talent qui vend, et tôt ou tard si vous l’avez, il sortira et vous donnera satisfaction. Surtout s’amuser avec ce qu’on fait. Je me dis toujours si je ne m’amusais pas en peignant, je ne saurai pas la valeur de ce que je fais, je m’amuse beaucoup. Je me mets à écouter de la musique, je chante à haute voix, je peins, c’est comme un jeu pour moi. Il faut être moins sérieux dans l’art. Il ne faut pas penser que c’est un travail que je dois faire coûte que coûte, il faut se libérer. Par exemple moi, je n’accepte que rarement les œuvres commandées, parce que après tout, je peins pour moi-même. Je ne peins pas pour les autres, on ne peut pas me dire, faites-moi, ceci, je veux cela, non je n’aime pas. Même si des fois, je l’ai fait c’est pour avoir tenté cette expérience, voir comment les gens réagissent. Je préfère toujours peindre pour moi-même, pour  ma joie et bien évidemment pour les autres aussi pour qu’ils voient, qu’ils  ressentent ce que je ressens. Mes tableaux sont des émotions que je veux transmettre aux gens.

Interview réalisée et transcrite par  Fabien  ATTIOGBE

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