Afrique: Autofinancement de l’Union Africaine – Rêves ou réalités ?

Il y a un an, les chefs d’Etat africains ont adopté le principe d’une taxe de 0,2% sur les importations des produits non africains pour financer l’organisation, afin de la rendre moins dépendante des donateurs étrangers qui contribuent encore à hauteur de 73% au budget de l’Union africaine. Un an après, seulement une dizaine des 55 Etats de l’Union serait prête à mettre en œuvre cette taxe. Emmanuel Okamba, Maître de Conférences HDR en Sciences de Gestion fait une analyse sur le mécanisme de financement de la commission.

Créée le 23 mai 1963 à Addis-Abeba par 32 Etats, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) opposait fédéralisme ou Union des Etats à la coopération ou Différenciation des Etats. Le triomphe de la coopération éloigna les Etats de l’intégration politique et économique.

Depuis le 9 juillet 2002, l’OUA est remplacée par l’Union Africaine (UA) avec une orientation plus intégrative que coopérative, dans laquelle les 54 Etats œuvrent pour la promotion de la démocratie, des droits de l’Homme et du développement par l’augmentation des investissements extérieurs, grâce au programme du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Ce dernier considère que la paix et la démocratie sont des préalables indispensables au développement.

Mais, le budget de l’UA qui accompagne cette orientation est de 416 millions $ en 2015, financé à 72 % par les donateurs (Union Européenne, Etats-Unis, Chine et Banque mondiale) contre 28% seulement par les Etats membres, auxquels s’ajoutent 750 millions $ pour les opérations de maintien de la paix. Les chefs d’État ont décidé de porter la part de leurs Etats à 65% dans cinq ans. Au sommet du 3 juillet 2017 à Addis-Abeba, ils viennent de décider d’autofinancer la totalité du budget. À quel prix ?

I- Du budget de l’UA : Il est passé de 446 millions $ en ‎‎2016 à 781 millions $ en 2017, hors opérations de maintien de la paix. Les Etats membres ne financent que 27% et les donateurs 73%. Le budget se répartit à 36,10% en fonctionnement et à 63,90% en programmes ou d’investissements.

Le budget de fonctionnement est financé à 99,5% par les Etats membres et à 0,5% par les donateurs ; alors que le budget de programmes est financé à 92,5% par les donateurs et à 7,5% par les Etats membres. La Commission, organe exécutif consomme 80,26% du budget total, le NEPAD, orienté vers la sécurité alimentaire, le changement climatique, l’intégration régionale, et la bonne gouvernance (8,13%), le Parlement panafricain, organe consultatif (7,80%), la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, organe judiciaire (2,47%) et la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, chargée de promouvoir ces droits et la démocratie (1,34%).

Cette bureaucratie dispose de 500 milliards $ de recettes fiscales potentielles, alors que 35,19% des Etats membres paient régulièrement ‎leurs cotisations qui ne représentent que 2% du budget total. Les principaux Etats contributeurs apportant chacun 12,9% de leur part du budget total sont : Afrique du Sud, Algérie, Egypte, Libye et Nigéria.

Depuis 2016, l’UA améliore ses ressources par l’instauration d’une taxe de 0,2 % sur les importations vers l’Afrique rapportant 246,4 millions $ par an. En 2017, s’ajouteraient une taxe de 2 $ sur les nuits d’hôtels et de 10 $ sur les billets d’avion pour les vols en partance ou à destination de l’Afrique pour 730 millions $ par an. Une taxe additionnelle de 0,005 $ par SMS échangé sur le continent rapporterait 1,6 milliard $ par an. Ces taxes qui augmentent l’inflation, appauvrissent le consommateur africain, alors qu’il aurait été plus équitable de taxer les matières premières et autres services financiers exportés. Une taxe de 0,2% sur les hydrocarbures rapporterait 602 millions $, et sur les polices d’assurance engendrerait 220 millions $ par an. La croissance du commerce interafricain estimée entre 14 et 28% l’an d’ici 2021, générerait 35 milliards $ par an.

II- A l’intégration : Le Traité d’Abuja (1991) prévoit l’instauration d’un marché commun continental à l’horizon 2025. Mais, faute de monnaie unique, les différentes communautés économiques régionales coopèrent plus qu’elles ne s’intègrent ; alors qu’un panier de monnaies des 10 meilleures économies africaines, assorti de critères de convergence contraignants et applicables dans un délai raisonnable, sera structurant.

Pour la promotion de la paix, l’efficacité du mécanisme de contrôle prévu dans la Charte des droits de l’Homme et des peuples de 1981 est très limitée à cause de la non-ingérence entre les Etats qui rend les médiations des conflits politiques peu probantes sans l’intervention des bailleurs de fonds. Un panier de 10 meilleures démocraties africaines, assorti de critères de convergence contraignants applicables dans un délai raisonnable, rendra responsable la gouvernance des Etats.

Ainsi, l’UA manque les moyens de ses ambitions, malgré ses fortes potentialités. Instrument de coopération que d’intégration, c’est une bureaucratie au service des bailleurs de fonds sombrant dans la servitude. Sa souveraineté dépend de son autonomie financière, et de sa capacité à assumer une gouvernance politique et économique responsable.

Emmanuel Okamba

 

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Afrique: Autofinancement de l’Union Africaine – Rêves ou réalités ?

6th juillet, 2017

Il y a un an, les chefs d’Etat africains ont adopté le principe d’une taxe de 0,2% sur les importations des produits non africains pour financer l’organisation, afin de la rendre moins dépendante des donateurs étrangers qui contribuent encore à hauteur de 73% au budget de l’Union africaine. Un an après, seulement une dizaine des 55 Etats de l’Union serait prête à mettre en œuvre cette taxe. Emmanuel Okamba, Maître de Conférences HDR en Sciences de Gestion fait une analyse sur le mécanisme de financement de la commission.

Créée le 23 mai 1963 à Addis-Abeba par 32 Etats, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) opposait fédéralisme ou Union des Etats à la coopération ou Différenciation des Etats. Le triomphe de la coopération éloigna les Etats de l’intégration politique et économique.

Depuis le 9 juillet 2002, l’OUA est remplacée par l’Union Africaine (UA) avec une orientation plus intégrative que coopérative, dans laquelle les 54 Etats œuvrent pour la promotion de la démocratie, des droits de l’Homme et du développement par l’augmentation des investissements extérieurs, grâce au programme du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Ce dernier considère que la paix et la démocratie sont des préalables indispensables au développement.

Mais, le budget de l’UA qui accompagne cette orientation est de 416 millions $ en 2015, financé à 72 % par les donateurs (Union Européenne, Etats-Unis, Chine et Banque mondiale) contre 28% seulement par les Etats membres, auxquels s’ajoutent 750 millions $ pour les opérations de maintien de la paix. Les chefs d’État ont décidé de porter la part de leurs Etats à 65% dans cinq ans. Au sommet du 3 juillet 2017 à Addis-Abeba, ils viennent de décider d’autofinancer la totalité du budget. À quel prix ?

I- Du budget de l’UA : Il est passé de 446 millions $ en ‎‎2016 à 781 millions $ en 2017, hors opérations de maintien de la paix. Les Etats membres ne financent que 27% et les donateurs 73%. Le budget se répartit à 36,10% en fonctionnement et à 63,90% en programmes ou d’investissements.

Le budget de fonctionnement est financé à 99,5% par les Etats membres et à 0,5% par les donateurs ; alors que le budget de programmes est financé à 92,5% par les donateurs et à 7,5% par les Etats membres. La Commission, organe exécutif consomme 80,26% du budget total, le NEPAD, orienté vers la sécurité alimentaire, le changement climatique, l’intégration régionale, et la bonne gouvernance (8,13%), le Parlement panafricain, organe consultatif (7,80%), la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, organe judiciaire (2,47%) et la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, chargée de promouvoir ces droits et la démocratie (1,34%).

Cette bureaucratie dispose de 500 milliards $ de recettes fiscales potentielles, alors que 35,19% des Etats membres paient régulièrement ‎leurs cotisations qui ne représentent que 2% du budget total. Les principaux Etats contributeurs apportant chacun 12,9% de leur part du budget total sont : Afrique du Sud, Algérie, Egypte, Libye et Nigéria.

Depuis 2016, l’UA améliore ses ressources par l’instauration d’une taxe de 0,2 % sur les importations vers l’Afrique rapportant 246,4 millions $ par an. En 2017, s’ajouteraient une taxe de 2 $ sur les nuits d’hôtels et de 10 $ sur les billets d’avion pour les vols en partance ou à destination de l’Afrique pour 730 millions $ par an. Une taxe additionnelle de 0,005 $ par SMS échangé sur le continent rapporterait 1,6 milliard $ par an. Ces taxes qui augmentent l’inflation, appauvrissent le consommateur africain, alors qu’il aurait été plus équitable de taxer les matières premières et autres services financiers exportés. Une taxe de 0,2% sur les hydrocarbures rapporterait 602 millions $, et sur les polices d’assurance engendrerait 220 millions $ par an. La croissance du commerce interafricain estimée entre 14 et 28% l’an d’ici 2021, générerait 35 milliards $ par an.

II- A l’intégration : Le Traité d’Abuja (1991) prévoit l’instauration d’un marché commun continental à l’horizon 2025. Mais, faute de monnaie unique, les différentes communautés économiques régionales coopèrent plus qu’elles ne s’intègrent ; alors qu’un panier de monnaies des 10 meilleures économies africaines, assorti de critères de convergence contraignants et applicables dans un délai raisonnable, sera structurant.

Pour la promotion de la paix, l’efficacité du mécanisme de contrôle prévu dans la Charte des droits de l’Homme et des peuples de 1981 est très limitée à cause de la non-ingérence entre les Etats qui rend les médiations des conflits politiques peu probantes sans l’intervention des bailleurs de fonds. Un panier de 10 meilleures démocraties africaines, assorti de critères de convergence contraignants applicables dans un délai raisonnable, rendra responsable la gouvernance des Etats.

Ainsi, l’UA manque les moyens de ses ambitions, malgré ses fortes potentialités. Instrument de coopération que d’intégration, c’est une bureaucratie au service des bailleurs de fonds sombrant dans la servitude. Sa souveraineté dépend de son autonomie financière, et de sa capacité à assumer une gouvernance politique et économique responsable.

Emmanuel Okamba

 

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